Jean-Paul Gavard-Perret lit CAPTURE

Les yeux de Marie-Noëlle Agniau sont des perles qui enfilent le présent sur le passé en une sorte de double perception. L’origine en est précise et géographique dans ce livre de bord du temps. Le vent du souvenir fait ouvrir des portes. L’attention de l’auteure s’y engouffre pour remuer le passé en  une forme de perfection poétique fruit d’une attention à la vie  et aux paysages. Le tout sans lambiner : « Comme les secrets s’en vont, on va très vite » écrit la narratrice, entre autres magicienne d’Oz d’un parc de son enfance. Son texte intime s’il  est hommage aux lieux du Limousin est l’occasion de déposer des paroles secrètes. A savoir « Le flot d’une âme humaine. Sa peine - sa double peine ». Et la poétesse de préciser « c’est comme ça que les lieux reçoivent nos empreintes. Les retiennent captives ».  Vaste redevient alors le monde. Et neuf. Et troublant. Si bien que le livre se métamorphose en une lettre d’amour non pour une ombre mais pour des nuits blanches.

 

Elles sont éclairées par les superbes photos de Laurent Bourdelas. Ses images sont les révélatrices d’une métaphysique du paysage mis au service d’une irréductibilité indivisible de l’âme et du corps de l’écriture. Perception d’un côté, souvenir de l’autre font surgir un espace de dilatation et de compression dans une boucle de nostalgie étrange qu’on partage avec la narratrice et le photographe. Le cheminement est passionnant. L’âme s’y fait parfois russe, sa singularité devient la fleur de l’avalanche tranquille des émotions. Elles donnent la couleur aux halots d’existence hantés par la densité des instants qu’ils imposent et dont M-N Agniau saisit l’identité errante. Il convient pour s’en approcher d’exister comme l’écrivaine : ange rebelle qui ne craint ni les chutes ne les remontées

Jean-Paul Gavard-Perret (Le Salon Littéraire)

Marie-Noëlle Agniau, « Capture », photographies et postface de Laurent Bourdelas, coll. Multiples, Editions Culture & Patrimoine en Limousin, Limoges, 2014, 18 €.

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